Mal aigu des montagnes : reconnaître les signes et réagir
En bref : Le mal aigu des montagnes commence au-dessus de 2 500 mètres : maux de tête, nausée, sommeil haché, perte d'appétit. La règle est simple et sans exception : on ne monte pas plus haut avec des symptômes, et on redescend s'ils empirent. Descendre de 500 mètres suffit presque toujours.
On associe le mal d'altitude à l'Himalaya, et c'est une erreur de perspective. Il se déclare régulièrement dans les Alpes et les Pyrénées, à des altitudes que des randonneurs atteignent en une journée. Le Vignemale culmine à 3 298 mètres, l'Aneto à 3 404, et un téléphérique dépose des milliers de personnes chaque jour à l'Aiguille du Midi, à 3 842 mètres, en vingt minutes depuis une vallée à 1 035.
Cet article décrit les signes, les deux formes graves, et la conduite à tenir. Il ne remplace pas un avis médical : si vous avez un projet en haute altitude, parlez-en à un médecin, et à un médecin de montagne si vous visez au-delà de 4 000 mètres.
Ce qui se passe réellement
En altitude, la pression atmosphérique baisse. Le pourcentage d'oxygène dans l'air ne change pas, mais la pression qui le fait passer dans le sang, elle, diminue. À 3 500 mètres, chaque inspiration apporte environ un tiers d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer.
Le corps sait s'y adapter, en quelques jours : il respire plus vite, produit davantage de globules rouges, modifie son équilibre acido-basique. Le mal aigu des montagnes est ce qui arrive quand on monte plus vite que cette adaptation. Ce n'est donc pas une faiblesse, c'est un problème de rythme.
Les signes du mal aigu des montagnes
Il apparaît généralement au-dessus de 2 500 mètres, parfois dès 2 000 chez les personnes sensibles, et le plus souvent entre six et douze heures après l'arrivée à l'altitude, ce qui explique qu'il frappe souvent la première nuit.
Le signe d'appel est le mal de tête. Sans mal de tête, on ne parle pas de mal aigu des montagnes. Il s'y ajoute au moins un des symptômes suivants :
- Nausée, vomissements, perte d'appétit. Ne plus avoir envie de manger le soir en altitude est un signal, pas un détail.
- Fatigue anormale, faiblesse, qui ne correspond pas à l'effort fourni.
- Vertiges, sensation de tête légère.
- Sommeil haché, réveils fréquents, impression de manquer d'air en s'endormant. Ce dernier point, la respiration périodique, est fréquent et à lui seul peu inquiétant.
L'intensité va du désagréable à l'invalidant. Un mal aigu léger se traite par le repos à la même altitude, de l'eau, de la nourriture, et du paracétamol ou de l'ibuprofène pour la tête. En vingt-quatre heures, il cède le plus souvent.
Les deux formes graves, celles qui tuent
Elles sont rares et elles ne pardonnent pas le retard. Toutes les deux exigent une descente immédiate, de nuit s'il le faut, et un appel aux secours.
L'œdème cérébral de haute altitude
Le signe qui compte est la perte de coordination. Le test de terrain est simple et il faut le connaître : demander à la personne de marcher dix pas en ligne droite, un pied devant l'autre, talon contre pointe. Si elle titube, ne peut pas tenir la ligne ou refuse d'essayer, considérez qu'il s'agit d'un œdème cérébral.
S'y ajoutent une confusion, un comportement inhabituel, une somnolence anormale, des propos incohérents. Une personne qui affirme qu'elle va bien mais ne marche plus droit est en danger de mort.
L'œdème pulmonaire de haute altitude
Le signe qui compte est l'essoufflement au repos. Un randonneur essoufflé en montant est normal ; un randonneur essoufflé assis dans un refuge ne l'est pas.
S'y ajoutent une toux sèche qui devient grasse, des crachats mousseux parfois rosés, une accélération du pouls et de la respiration, des lèvres et des ongles bleutés, une fatigue extrême. Il survient souvent la deuxième nuit en altitude, et il peut évoluer en quelques heures.
Dans les deux cas : descendre, au moins 500 à 1 000 mètres, et appeler le 112. La descente est le seul traitement qui fonctionne toujours. Notre article sur les premiers secours en randonnée détaille l'appel aux secours et les informations à donner.
Les règles qui évitent le problème
Elles sont connues, éprouvées, et rarement appliquées parce qu'elles coûtent du temps.
Au-dessus de 3 000 mètres, ne montez pas votre altitude de couchage de plus de 300 à 500 mètres par nuit. C'est l'altitude où l'on dort qui compte, pas le point haut de la journée.
Montez haut, dormez bas. Passer un col à 3 800 mètres puis redescendre dormir à 3 300 est une excellente journée d'acclimatation. L'inverse est une mauvaise nuit.
Prévoyez un jour de repos tous les 1 000 mètres de gain d'altitude de couchage, ou tous les trois à quatre jours.
Buvez et mangez. La déshydratation est plus rapide en altitude, à cause de l'air sec et de l'hyperventilation. L'appétit diminue au moment où les besoins augmentent, il faut donc manger sans envie. Nos conseils sur l'eau et l'alimentation en autonomie et les bases de la nutrition valent d'autant plus ici.
Pas d'alcool, pas de somnifère. L'alcool déshydrate et masque les symptômes. Les somnifères dépriment la respiration, exactement ce qu'il ne faut pas.
Ne montez jamais plus haut avec des symptômes, et ne laissez jamais seule une personne atteinte. Ces deux règles sont celles qui sauvent le plus de vies.
Deux idées fausses tenaces
La forme physique ne protège pas. C'est le point le plus contre-intuitif. La sensibilité à l'altitude est individuelle, largement génétique, et sans rapport avec l'entraînement. Les personnes très entraînées sont même statistiquement plus exposées, pour une raison simple : elles montent plus vite. Notre article sur l'entraînement avant un trek prépare les jambes, pas les poumons en altitude.
L'expérience passée ne garantit rien. Avoir dormi à 4 000 mètres sans problème l'an dernier ne protège pas cette année. En revanche, avoir déjà fait un mal aigu des montagnes est un bon indicateur de sensibilité : on y est plus exposé.
Le médicament, et ce qu'il ne fait pas
L'acétazolamide est le médicament de référence en prévention et en traitement du mal aigu. C'est un médicament sur ordonnance, avec des effets indésirables réels, des contre-indications, et un dosage qui se discute avec un médecin en fonction du projet. Il accélère l'acclimatation, il ne la remplace pas.
Deux avertissements, valables quel que soit le médicament : il ne permet pas de monter plus vite, et il ne doit jamais servir à continuer malgré des symptômes. Un traitement qui masque un signe d'alerte est plus dangereux que pas de traitement du tout.
Où la question se pose, en France et ailleurs
En France, le sujet concerne les sommets de plus de 3 000 mètres des Alpes et des Pyrénées, les traversées hautes, et surtout les remontées mécaniques qui font gagner 2 800 mètres en vingt minutes. Un mal de tête à l'Aiguille du Midi n'est pas l'altitude « qui tape », c'est un mal aigu débutant, et la bonne réaction est de redescendre.
En trek, il structure entièrement la préparation d'un voyage au Népal, où le profil d'acclimatation fait partie de l'itinéraire lui-même : notre article sur la préparation d'un trek dans l'Himalaya et celui sur la fenêtre post-mousson d'octobre en parlent en détail. Il concerne aussi le Toubkal au Maroc, à 4 167 mètres, souvent gravi en deux jours depuis 1 700, ce qui est rapide.
Vérifier son profil d'acclimatation avec Bivtrack
La donnée qui compte n'est pas l'altitude maximale du parcours, c'est le gain d'altitude entre deux nuits consécutives. C'est précisément ce qu'un itinéraire tracé sur une carte ne montre pas.
Avec Bivtrack, importez votre trace GPX : l'analyse multi-étapes découpe le parcours en journées avec un emplacement de nuit pour chacune, et donne l'altitude de chaque bivouac. Vous lisez alors votre profil de couchage nuit par nuit, et vous voyez immédiatement l'étape qui monte de 900 mètres d'un coup, celle qu'il faut couper en deux. Chaque spot enregistré garde son altitude, ce qui permet de choisir un emplacement 300 mètres plus bas sans refaire tout le découpage. Les alertes météo complètent le tableau, le froid et le vent aggravant la fatigue au moment où elle compte le plus.
Questions fréquentes
À partir de quelle altitude risque-t-on le mal des montagnes ?
Au-dessus de 2 500 mètres en général, parfois dès 2 000 mètres chez les personnes sensibles. En dessous de 2 000 mètres, un mal de tête a presque toujours une autre cause : déshydratation, effort, soleil, ou manque de sommeil.
Le mal des montagnes est-il lié à la condition physique ?
Non. La sensibilité est individuelle et largement génétique. Les personnes très entraînées ne sont pas protégées, et sont même souvent plus exposées parce qu'elles montent plus vite. Le seul facteur que vous maîtrisez est la vitesse d'ascension.
Combien de temps faut-il pour s'acclimater ?
Comptez trois à quatre jours pour une adaptation utile autour de 3 000 mètres, et une à deux semaines pour un séjour confortable au-dessus de 4 000. La règle pratique reste de ne pas augmenter son altitude de couchage de plus de 300 à 500 mètres par nuit au-delà de 3 000 mètres.
Que faire si un symptôme apparaît la nuit en refuge ?
Un mal de tête simple : boire, manger, paracétamol ou ibuprofène, et ne pas monter plus haut le lendemain matin. Une perte de coordination, une confusion ou un essoufflement au repos : réveiller quelqu'un, descendre immédiatement de 500 mètres au minimum, et appeler le 112. Ne laissez jamais la personne seule.
Conclusion
Le mal aigu des montagnes est un problème de vitesse, pas de force. Il se prévient en montant lentement son altitude de couchage, en buvant, en mangeant, et en acceptant un jour de repos qui ne figurait pas au programme. Il se traite par la descente, toujours, et deux signes imposent de descendre sans discuter : marcher de travers, et s'essouffler assis. Retenez ces deux-là, ils suffisent à éviter l'essentiel des drames.