Premiers secours en randonnée : que faire en cas d'urgence en montagne ?
En bref — L'entorse de cheville est la blessure la plus fréquente en randonnée, devant l'hypothermie, le coup de chaleur et les ampoules. Appelez le 112 : il fonctionne même sans signal de votre opérateur, en basculant sur n'importe quel réseau. Aucun article ne remplace une formation PSC1.
En randonnée autonome, les secours peuvent mettre des heures à arriver. Loin d'une route, dans une vallée sans réseau ou par mauvaise météo, vous êtes le premier maillon de la chaîne de secours, parfois le seul pendant longtemps. Connaître les gestes de base peut faire la différence entre une situation gérée calmement et une urgence qui dégénère. Cet article ne remplace pas une formation PSC1 : il la complète en abordant les situations spécifiques à la montagne, celles qu'on rencontre réellement sur le terrain. Voici l'essentiel à savoir avant de partir.
Avant de partir : la trousse de secours indispensable
Une trousse adaptée à la montagne n'est pas une pharmacie de salle de bains transvasée dans un sachet. Elle doit permettre de gérer l'attente jusqu'à l'évacuation. Contenu minimum :
- Pansements variés et pansements spécial ampoules
- Bandes de contention (élastiques, pour strapper une entorse)
- Compresses stériles et désinfectant
- Couverture de survie
- Attelle légère (type attelle malléable)
- Antidouleur, antihistaminique (piqûres, allergies), traitement anti-diarrhée
- Protection solaire haute SPF
- Pastilles de purification d'eau de secours
Poids cible : 200 à 300 g. À adapter selon la durée du trek et surtout son isolement : plus vous êtes loin de tout, plus votre trousse doit permettre une prise en charge autonome prolongée.
L'entorse de cheville : la blessure la plus fréquente
C'est de loin le traumatisme numéro un en randonnée. Premier réflexe : distinguer l'entorse de la fracture. L'entorse se traduit par une douleur, un gonflement et parfois un hématome, mais l'appui reste possible même s'il est douloureux. La fracture, elle, provoque une douleur intense à la palpation de l'os et une impossibilité totale d'appui : dans ce cas, on n'insiste pas et on alerte.
Pour l'entorse, appliquez le protocole RICE (Rest, Ice, Compression, Elevation), adapté au terrain : repos immédiat, froid (pas de glace en montagne, mais l'eau froide d'un torrent fait très bien l'affaire), compression par bandage et surélévation du pied. Un strapping réalisé avec une bande élastique permet ensuite souvent de marcher jusqu'au point d'évacuation, ce qui change tout en zone isolée. Appelez les secours si l'appui est impossible, si la déformation est visible ou si vous êtes trop loin pour progresser.
La chute et les traumatismes
Face à une chute, la règle est absolue : ne jamais mobiliser un blessé sans avoir écarté un traumatisme du rachis (colonne vertébrale), particulièrement en cas de chute de hauteur ou de perte de connaissance, même brève. Déplacer une victime avec une lésion vertébrale peut causer des dommages irréversibles. Maintenez la tête en position neutre, dans l'axe du corps, et attendez les secours.
Pour alerter depuis une zone sans réseau : le 112, numéro d'urgence européen, passe parfois même lorsque votre opérateur n'a aucun signal (il bascule sur n'importe quel réseau disponible). Pensez aussi aux applications d'urgence et, en terrain très isolé, à la balise PLB. Enfin : ne laissez jamais un blessé seul, sauf nécessité absolue, et dans ce cas, laissez-lui de quoi se couvrir, boire, et notez précisément sa position.
L'hypothermie : l'ennemi invisible
L'hypothermie s'installe sournoisement, souvent par la combinaison humidité + vent + fatigue, y compris en été. Il faut savoir en reconnaître les stades :
- Légère : frissons, extrémités froides, confusion légère.
- Modérée : les frissons s'arrêtent (c'est un très mauvais signe, pas une amélioration), somnolence, gestes maladroits, parole pâteuse.
- Sévère : perte de connaissance, rigidité. Urgence vitale absolue.
Les premiers gestes : mettre la victime à l'abri du vent et de l'humidité, remplacer les vêtements mouillés par du sec, l'isoler du sol (le sol pompe la chaleur, matelas, sac, vêtements), l'envelopper dans une couverture de survie côté argenté vers l'intérieur, et lui donner des boissons chaudes sucrées uniquement si elle est pleinement consciente. Point critique : ne jamais frictionner les membres. En hypothermie sévère, cela renvoie du sang froid vers le cœur et peut déclencher un arrêt cardiaque.
Le coup de chaleur et la déshydratation
À l'autre extrême, la chaleur tue aussi. Il faut distinguer l'insolation (coup de soleil intense sur la tête, mal de tête, nausées, désagréable mais gérable) du coup de chaleur : hyperthermie, confusion, peau chaude et sèche (la personne ne transpire plus). C'est une urgence vitale : on refroidit immédiatement (ombre, eau, ventilation) et on alerte les secours.
Côté prévention, comptez un minimum de 500 ml d'eau par heure en effort intense par temps chaud. Les signes de déshydratation sérieuse à surveiller : urine foncée, vertiges, crampes musculaires intenses. Pour tout ce qui touche à la gestion et au traitement de l'eau sur le terrain, consultez notre guide sur l'eau et l'alimentation en randonnée autonome.
Les ampoules : prévenir plutôt que guérir
Rarement grave, l'ampoule est pourtant la blessure la plus invalidante au quotidien : elle peut transformer un trek de plusieurs jours en calvaire. La prévention est reine : chaussettes techniques sans coutures, chaussures parfaitement rodées avant le départ (jamais de chaussures neuves sur un trek), et surtout pansements préventifs posés sur les zones à risque dès le premier signe de frottement, pas une heure après.
Si l'ampoule est formée : ne la percez pas, sauf si elle est très tendue et douloureuse. Dans ce cas, désinfectez, percez sur le côté avec une aiguille stérile, laissez la peau en place (elle protège), protégez avec un pansement adapté et changez-le matin et soir.
Alerter les secours en montagne
Connaître les bons numéros et les bons réflexes fait gagner un temps précieux :
- 112 : numéro d'urgence européen, à privilégier. Il fonctionne depuis n'importe quel réseau disponible.
- 15 (SAMU), 18 (pompiers), 17 (gendarmerie) selon la situation.
- Donnez votre position GPS précise : c'est l'information la plus importante. D'où l'intérêt d'avoir en permanence une application de cartographie affichant vos coordonnées : voir notre guide sur la navigation en randonnée.
- En France, les secours en montagne (PGHM) sont gratuits. Ne renoncez jamais à appeler par crainte du coût.
- L'application GendLoc permet d'envoyer sa position aux gendarmes par SMS, utile quand le signal est trop faible pour un appel.
La trousse de secours dans Bivtrack
Avec Bivtrack, ajoutez votre trousse de secours dans la catégorie « Sécurité » avec le poids exact de chaque item, et visualisez sa part réelle dans le donut chart de votre sac. Vous constaterez qu'elle pèse peu, et c'est précisément le message : la sécurité ne devrait jamais être la variable d'ajustement pour gagner quelques grammes. Pour alléger intelligemment ailleurs, voyez notre guide du poids idéal du sac.
Conclusion
La meilleure urgence est celle qu'on prévient. Une préparation sérieuse, un équipement adapté, une météo consultée et quelques gestes appris avant de partir valent infiniment mieux que la trousse de secours la plus complète du monde. Et si vous ne deviez retenir qu'une action après cet article : suivez une formation PSC1 (Prévention et Secours Civiques niveau 1). Elle est disponible partout en France, dure une seule journée, et coûte peu ou rien via la Croix-Rouge ou les pompiers. C'est le meilleur investissement sécurité que vous puissiez faire pour vous, et pour les autres randonneurs que vous croiserez. La première des préventions reste la lecture du ciel : notre guide sur le bivouac et la météo de montagne détaille les signaux d'alerte et la conduite à tenir en cas d'orage.