Batterie, solaire et autonomie électrique en trek
En bref : Une batterie externe de 10 000 mAh recharge un téléphone trois fois et pèse 200 grammes : elle couvre presque tous les treks français. Le panneau solaire ne devient rentable qu'au-delà de dix jours sans prise. Le vrai levier n'est pas la capacité emportée, c'est la consommation économisée.
L'électricité est entrée dans le sac par la porte de service. On ne la comptait pas il y a quinze ans, elle pèse aujourd'hui deux à quatre cents grammes et elle conditionne la navigation, la photo, la météo et l'appel des secours. Comme tout poste récent, elle est mal dimensionnée : la plupart des randonneurs emportent trop de capacité et gaspillent trop d'énergie, ce qui revient à porter deux fois le problème.
Calculer ce dont vous avez réellement besoin
L'unité pratique est le milliampère-heure, le mAh. Une batterie de téléphone courante fait 4 000 à 5 000 mAh. Une batterie externe annonce 10 000 ou 20 000 mAh.
Attention au rendement. Une batterie externe de 10 000 mAh ne délivre pas 10 000 mAh utiles : la conversion de tension et la chaleur en consomment une partie. Comptez 65 à 75 % de la capacité annoncée, soit environ 7 000 mAh réellement transférés. Une batterie de 10 000 mAh recharge donc un téléphone un peu moins de deux fois s'il est vide à chaque fois, trois fois si vous le rechargez à mi-course.
Les consommations à prévoir par jour, en usage trek raisonnable :
| Usage | Consommation quotidienne |
|---|---|
| Téléphone en mode avion, photos, carte consultée ponctuellement | 15 à 25 % de la batterie |
| Téléphone avec suivi GPS continu de la trace | 60 à 100 % |
| Montre GPS en mode randonnée | 20 à 40 % de sa batterie |
| Frontale rechargeable, usage normal | une charge tous les trois à cinq jours |
Le tableau dit l'essentiel : le suivi GPS permanent consomme quatre fois plus que tout le reste réuni. C'est sur lui que se joue l'autonomie, pas sur la taille de la batterie.
La règle de dimensionnement : capacité nécessaire = consommation quotidienne × nombre de jours ÷ 0,7. Pour un téléphone consommant 20 % par jour sur six jours, soit 1,2 charge complète d'une batterie de 4 500 mAh, il faut environ 7 700 mAh de capacité annoncée. Une batterie de 10 000 mAh suffit largement, avec de la marge.
Batterie externe : laquelle, et quel poids
- 5 000 mAh, environ 100 grammes. Deux à trois nuits, un téléphone utilisé sobrement. Le bon choix pour un week-end prolongé.
- 10 000 mAh, 180 à 220 grammes. Cinq à huit jours en usage normal. C'est le format qui couvre la quasi-totalité des treks français, et le meilleur rapport entre capacité et poids.
- 20 000 mAh, 350 à 450 grammes. Au-delà de dix jours, ou à plusieurs, ou avec un appareil photo à recharger. Vérifiez la limite de 100 Wh en cabine si vous prenez l'avion.
Trois critères au moment d'acheter : le rapport entre capacité et poids, qui doit avoisiner 50 mAh par gramme sur un bon modèle ; la présence d'un port USB-C en charge rapide dans les deux sens ; et un boîtier qui supporte d'être secoué dans un sac, ce qui exclut les modèles très fins.
Le panneau solaire : rarement le bon choix en France
C'est l'objet qui séduit le plus et qui déçoit le plus.
Ce qu'il faut savoir avant d'en acheter un. Un panneau pliable de 10 à 15 watts pèse 300 à 600 grammes. Dans des conditions idéales, plein soleil, panneau perpendiculaire aux rayons, immobile, il produit l'équivalent d'une charge de téléphone en trois à quatre heures. Dans les conditions réelles d'un trek, panneau accroché sur un sac qui bouge, qui passe sous les arbres et change d'orientation à chaque lacet, le rendement s'effondre : comptez trois à cinq fois moins.
Le calcul se retourne autour de dix jours. En dessous, une batterie de 10 000 ou 20 000 mAh pèse moins lourd et fonctionne toujours, y compris trois jours de pluie d'affilée. Au-delà, sur une longue traversée sans point de recharge, ou sous un climat vraiment ensoleillé, le panneau devient pertinent parce qu'il n'a pas de limite de capacité.
En automne et en hiver en France, oubliez-le. Journées courtes, soleil bas, couverture nuageuse : la production devient anecdotique, et vous portez quatre cents grammes pour rien. Notre article sur le mois de novembre rappelle à quel point la lumière utile se réduit.
Réduire la consommation, le vrai levier
Ce chapitre pèse plus lourd que tous les précédents. Diviser sa consommation par trois économise plus de poids que n'importe quelle batterie.
- Mode avion en permanence. La recherche de réseau en zone blanche est le premier poste de consommation d'un téléphone en montagne, loin devant l'écran. Le GPS fonctionne parfaitement en mode avion.
- Cartes téléchargées hors ligne. Elles évitent toute tentative de connexion, et c'est de toute façon indispensable, comme l'explique notre guide pour créer et suivre une trace GPX.
- Luminosité au minimum, et écran éteint entre deux consultations. Un écran allumé en plein soleil à pleine luminosité consomme autant que le GPS.
- Renoncez à l'enregistrement continu de la trace si vous n'en avez pas besoin. Consulter sa position cinq fois par jour consomme presque rien. Enregistrer en continu consomme tout.
- Gardez la batterie au chaud. Le froid réduit temporairement la capacité disponible : à zéro degré, un téléphone peut afficher 30 % et s'éteindre. Dans une poche intérieure le jour, dans le duvet la nuit, et il retrouve sa charge. C'est le même mécanisme que celui qui touche les cartouches de gaz par temps froid.
- Rechargez avant d'être à zéro. Une charge de 20 à 80 % est plus rapide et moins usante pour l'accumulateur.
- Une frontale à piles interchangeables reste imbattable en secours : deux piles AAA de rechange pèsent vingt grammes et fonctionnent instantanément, sans négocier avec une batterie externe à moitié vide.
Ce que vous n'avez probablement pas besoin d'emporter
- Un deuxième câble de chaque type. Un câble USB-C universel, un adaptateur si nécessaire, et c'est tout.
- Le chargeur secteur, sauf si l'itinéraire passe par un gîte ou un refuge gardé. Sur un trek en autonomie, il ne sert à rien.
- Une batterie de 20 000 mAh pour trois nuits. C'est l'erreur la plus fréquente : 250 grammes portés sans jamais descendre sous 60 % de charge.
Dimensionner son électronique avec Bivtrack
Le poste électronique est celui qui grossit sans qu'on s'en aperçoive, parce qu'il s'ajoute objet par objet : la batterie, puis le câble, puis le panneau, puis la frontale de secours. Avec Bivtrack, chacun entre dans votre bibliothèque de matériel avec son poids réel, et le total apparaît comme une catégorie à part entière face au couchage ou au portage. Les profils de sac permettent de distinguer le nécessaire de deux nuits de celui de dix jours, si bien que la grosse batterie ne part pas par défaut. Et parce que le dimensionnement dépend du nombre de jours, l'analyse multi-étapes donne la donnée de départ : combien de nuits le projet compte réellement. La méthode complète pour arbitrer poste par poste est dans notre article sur le poids idéal du sac.
Questions fréquentes
Quelle batterie externe pour une semaine de trek ?
Une batterie de 10 000 mAh, autour de 200 grammes, couvre six à huit jours pour un téléphone en mode avion avec des consultations ponctuelles de la carte. Passez à 20 000 mAh seulement si vous enregistrez la trace en continu, si vous rechargez un appareil photo, ou si vous partez à deux avec une seule batterie.
Un panneau solaire est-il utile en randonnée ?
Rarement en France, et presque jamais hors saison. Il devient intéressant au-delà de dix jours sans point de recharge, sous un climat ensoleillé, et à condition de l'utiliser à l'arrêt plutôt qu'accroché à un sac en mouvement. En dessous, une batterie externe pèse moins et fonctionne par tous les temps.
Pourquoi mon téléphone se décharge-t-il si vite en montagne ?
Pour deux raisons cumulées : la recherche de réseau en zone blanche, qui consomme énormément, et le froid, qui réduit temporairement la capacité disponible. Le mode avion règle la première, une poche intérieure la seconde. À elles deux, ces mesures changent souvent l'autonomie du simple au triple.
Faut-il une frontale rechargeable ou à piles ?
Rechargeable pour l'usage courant, avec des piles de rechange comme secours si le modèle accepte les deux. Une frontale rechargeable vide oblige à arbitrer avec le téléphone sur la même batterie externe, ce qui est exactement la situation à éviter le soir où la nuit tombe plus tôt que prévu.
Conclusion
Une batterie de 10 000 mAh, un câble, et le mode avion : cette combinaison couvre l'immense majorité des treks français pour environ deux cents grammes. Le panneau solaire attendra la longue traversée sous un ciel fiable. Et retenez le seul chiffre qui compte vraiment : c'est le suivi GPS continu qui vide un téléphone, pas la carte consultée cinq fois par jour. Y renoncer économise plus d'énergie que n'importe quel achat.