Réchaud de trek : gaz, alcool ou bois, et combien de combustible emporter
En bref : Le réchaud à gaz reste le meilleur choix pour un trek de moins d'une semaine en France : allumage immédiat, réglage fin, et 25 grammes de cartouche par personne et par jour suffisent pour deux litres d'eau bouillante. L'alcool devient intéressant au-delà de dix jours, le bois seulement là où le ramassage reste autorisé.
Le réchaud est l'objet du sac dont on parle le plus et qu'on choisit le plus mal. Le débat se concentre sur le poids du brûleur, qui va de 25 à 350 grammes, alors que la vraie différence se joue sur le combustible : lui, on l'emporte en proportion du nombre de jours. Un brûleur cinquante grammes plus léger ne compense jamais une cartouche de trop.
Voici les trois familles, ce qu'elles coûtent en poids réel, et comment calculer la quantité à prendre.
Les trois familles de réchaud
Le gaz, le défaut raisonnable
Une cartouche à valve, un brûleur vissé dessus, et l'eau bout en trois minutes. Le gaz gagne sur tout ce qui compte au quotidien : allumage immédiat, puissance réglable, arrêt net, aucune odeur, aucun résidu. On peut mijoter, ce qui n'est vrai d'aucune des deux autres solutions.
Le poids caché : la cartouche elle-même. Une cartouche de 230 grammes de gaz pèse environ 380 grammes pleine et 150 grammes vide. Ces 150 grammes de ferraille, vous les portez du premier au dernier jour. C'est toute l'histoire du gaz : excellent sur une semaine, pénalisant sur trois.
L'alcool, le choix des longues durées
Un brûleur en titane de 20 grammes, un pare-vent, une bouteille souple. L'alcool à brûler contient environ deux fois moins d'énergie que le gaz à poids égal, mais le contenant ne pèse rien et se vide vraiment. Le calcul s'inverse autour de dix jours d'autonomie.
Ses limites sont réelles : pas de réglage, une flamme quasi invisible en plein jour, une sensibilité au vent qui impose un pare-vent sérieux, et un temps d'ébullition qui double. Sur un trek où l'on arrive au bivouac à la frontale, c'est un vrai inconfort.
Le bois, séduisant et souvent illégal
Aucun combustible à porter, une flamme agréable, et un poids de système très bas. Sur le papier, la solution parfaite en forêt.
Le problème est juridique avant d'être technique. Un réchaud à bois reste un feu. Dans les cœurs de parcs nationaux, dans la plupart des réserves naturelles et dans de nombreux massifs forestiers, l'usage du feu et le ramassage de bois mort sont interdits, y compris dans un foyer fermé. Le bois mort n'est pas un déchet : il nourrit le sol et abrite une part de la faune. Nos règles du bivouac en France détaillent ce qui s'applique où. Techniquement, il faut aussi du bois sec, ce qui exclut un bivouac après deux jours de pluie, et il noircit tout ce qu'il touche.
Combien de combustible emporter
La question se règle par le calcul, pas par l'habitude.
La base : porter un litre d'eau à ébullition depuis une eau de source à dix degrés consomme 8 à 12 grammes de gaz avec un réchaud correct et un couvercle. Comptez large, 12 grammes.
Le besoin quotidien type, en autonomie complète : un litre le soir pour le repas lyophilisé et une boisson chaude, un demi-litre le matin pour le café, soit un litre et demi. Arrondi : 20 à 25 grammes de gaz par personne et par jour.
| Durée en solo | Gaz nécessaire | Cartouche |
|---|---|---|
| 2 à 3 nuits | 50 à 75 g | une cartouche de 100 g |
| 5 à 7 nuits | 125 à 175 g | une cartouche de 230 g |
| 10 nuits | 250 g | une de 230 g plus une de 100 g |
À deux, la consommation n'est pas doublée : on chauffe une casserole plus grande une seule fois, ce qui fait gagner environ un quart. C'est l'un des vrais arguments du matériel partagé en groupe.
En alcool, comptez 30 ml par demi-litre bouilli, soit 90 à 110 ml par personne et par jour. L'alcool à brûler pèse environ 0,8 gramme par millilitre.
Ce qui change quand il fait froid
C'est le point que l'arrière-saison rend brutal. Une cartouche contient un mélange de butane, d'isobutane et de propane. Le butane cesse de se vaporiser autour de zéro degré : la cartouche ne fournit plus de pression, la flamme faiblit, et l'ébullition n'arrive jamais. Ce n'est pas une panne, c'est de la physique.
Trois réponses, par ordre d'efficacité :
- Garder la cartouche au chaud. Dans le duvet la nuit, dans une poche intérieure le matin. Une cartouche à vingt degrés fonctionne normalement même par moins cinq dehors.
- Choisir un mélange riche en propane et isobutane, indiqué sur l'étiquette, qui reste exploitable plus bas.
- Passer à un réchaud à cartouche déportée, qui accepte d'être utilisé cartouche retournée : le combustible arrive liquide et se vaporise dans un tube préchauffé par la flamme. C'est la seule solution vraiment fiable par grand froid.
L'alcool, lui, s'allume moins bien à froid mais ne perd pas de puissance. Nos conseils pour préparer son sac aux nuits fraîches reprennent ce point avec le reste du matériel concerné.
Le poids réel du système cuisine
Ce qu'il faut comparer, ce n'est jamais le brûleur seul, c'est l'ensemble pesé une fois rempli pour la durée prévue.
Sur cinq nuits en solo, un système à gaz classique donne à peu près : brûleur 60 g, cartouche de 230 g pleine 380 g, casserole de 750 ml en titane 90 g, briquet et allumettes de secours 15 g. Total 545 grammes, dont 150 grammes de cartouche vide inutile en fin de parcours.
Le même trek en alcool : brûleur 25 g, pare-vent 20 g, 500 ml d'alcool dans une bouteille souple 420 g, casserole 90 g. Total 555 grammes, mais qui descend vraiment à 135 grammes le dernier jour.
La conclusion n'est ni l'un ni l'autre : les deux se valent sur une semaine, et le gaz gagne largement sur trois nuits. C'est exactement le genre d'arbitrage que notre article sur le poids idéal du sac aborde poste par poste.
Les erreurs qui coûtent du combustible
- Cuisiner sans couvercle. Vingt à trente pour cent de gaz en plus, pour rien. C'est la première économie du sac.
- Faire bouillir plus que nécessaire. Un lyophilisé demande 350 à 400 ml, pas un litre.
- Chauffer en plein vent. Un pare-vent, ou un simple repli de terrain, divise la consommation.
- Ouvrir la vanne à fond. Le rendement chute : une grande partie de la chaleur passe à côté de la casserole.
- Négliger la réhydratation à froid. Les flocons d'avoine, la semoule fine et le couscous gonflent dans l'eau froide en vingt minutes. Un petit-déjeuner préparé la veille supprime un tiers de la consommation du voyage. Notre article sur l'eau et l'alimentation en autonomie détaille ces menus.
Calculer son système cuisine avec Bivtrack
Le combustible est le seul poste du sac dont le poids change en cours de route, et c'est pour cette raison qu'on l'estime mal. Avec Bivtrack, le brûleur, la casserole et la cartouche entrent une fois dans votre bibliothèque de matériel avec leur poids réel pesé sur une balance de cuisine, et pas celui du catalogue. Vous composez ensuite un profil de sac par type de sortie, si bien qu'un week-end de deux nuits ne part pas avec la cartouche des dix jours. Le mode Faire son sac fait cocher le briquet de secours, celui qu'on oublie précisément parce qu'il ne pèse rien, et l'analyse multi-étapes donne le nombre de nuits réel du projet, c'est-à-dire la donnée dont dépend tout ce calcul.
Questions fréquentes
Quelle cartouche de gaz pour une semaine en solo ?
Une cartouche de 230 grammes suffit largement : sept nuits à 25 grammes par jour représentent 175 grammes. Une cartouche de 100 grammes couvre trois à quatre nuits. Le doute vient souvent d'une cartouche entamée dont on ignore le contenu restant : pesez-la avant de partir, la tare est imprimée dessus.
Le réchaud à alcool est-il vraiment plus léger ?
Pas avant une dizaine de jours. L'alcool contient deux fois moins d'énergie par gramme que le gaz, ce qui annule le gain du brûleur sur les sorties courtes. Son avantage est ailleurs : le contenant se vide entièrement, alors qu'une cartouche vide pèse encore 150 grammes.
Peut-on utiliser un réchaud à bois en France ?
Rarement là où l'on bivouaque. L'usage du feu et le ramassage de bois mort sont interdits dans les cœurs de parcs nationaux, dans la plupart des réserves naturelles et dans de nombreux massifs forestiers, en particulier l'été en zone méditerranéenne. Un foyer fermé reste un feu au regard de la réglementation. Vérifiez la règle du secteur avant de compter dessus.
Que faire d'une cartouche de gaz vide ?
Elle se rapporte en déchetterie ou dans certains magasins de sport, jamais en poubelle de tri classique, même vide, à cause du résidu de gaz et de la valve. Certains modèles se percent avec un outil dédié pour partir en métal, mais l'opération se fait à la maison, pas au bivouac.
Conclusion
Le gaz pour tout ce qui fait moins d'une semaine, l'alcool au-delà de dix jours, le bois seulement là où il est autorisé, ce qui exclut la plupart des espaces protégés. Pour le reste, deux gestes pèsent plus lourd que le choix du brûleur : mettre un couvercle, et ne chauffer que le volume dont on a besoin. Ils économisent un quart du combustible, soit une cartouche sur un long trek.