Hypothermie en randonnée : reconnaître les signes et réagir à temps
En bref : L'hypothermie commence quand la température du corps passe sous 35 °C. Ses premiers signes sont des frissons intenses, des gestes maladroits, une élocution pâteuse et un comportement inhabituel. Il faut alors stopper la perte de chaleur : s'abriter, retirer les vêtements mouillés, isoler du sol, réchauffer progressivement et appeler le 112 si l'état ne s'améliore pas.
On associe l'hypothermie à l'hiver, à la neige et aux grands froids. En réalité, beaucoup de cas surviennent à des températures positives, entre 0 et 10 °C, quand se combinent trois facteurs : l'humidité, le vent et la fatigue. C'est exactement la situation d'une journée d'automne pluvieuse en montagne.
Comment le corps perd sa chaleur
Le corps maintient sa température interne autour de 37 °C. Il perd de la chaleur de quatre manières :
- La conduction, au contact d'une surface froide : le sol, un rocher, des vêtements mouillés. L'eau conduit la chaleur environ vingt-cinq fois mieux que l'air, d'où le danger des vêtements trempés.
- La convection, par le vent qui emporte l'air chaud autour du corps. Un vent de 30 km/h à 5 °C se ressent comme une température proche de zéro.
- Le rayonnement, par toute surface de peau découverte. La tête et le cou comptent pour leur part, environ un dixième de la surface du corps : on les couvre parce qu'ils sont faciles à couvrir, pas parce qu'ils perdraient davantage.
- L'évaporation, de la sueur et de la respiration.
L'hypothermie s'installe quand ces pertes dépassent la production de chaleur, qui dépend de l'effort et de l'alimentation. Un randonneur qui marche produit beaucoup de chaleur ; le même randonneur arrêté, fatigué, mouillé et sans avoir mangé depuis trois heures peut basculer rapidement.
Les stades et les signes
| Stade | Température | Signes |
|---|---|---|
| Légère | 35 à 32 °C | frissons intenses, mains maladroites, fatigue, irritabilité, élocution un peu pâteuse |
| Modérée | 32 à 28 °C | frissons qui diminuent puis cessent, confusion, démarche titubante, somnolence, désintérêt |
| Sévère | sous 28 °C | perte de conscience, respiration et pouls très lents, risque d'arrêt cardiaque |
Le signe d'alarme principal est le changement de comportement. La personne devient lente, maladroite, apathique, ou au contraire irritable. Elle ne parvient plus à fermer sa veste, trébuche, répond à côté. Les anglophones résument cela par les « umbles » : stumbles, mumbles, fumbles, grumbles, trébuche, marmonne, tâtonne, ronchonne.
Attention : la victime se rend rarement compte de son état. La confusion fait partie des symptômes. C'est aux compagnons de marche de repérer les signes, et c'est une raison de plus de surveiller les autres dans un groupe.
L'arrêt des frissons est un signe grave, pas une amélioration : le corps n'a plus l'énergie de produire de la chaleur.
Que faire
1. Stopper les pertes de chaleur.
- Mettre la personne à l'abri du vent et de la pluie : tente, abri, bloc de rocher, ou à défaut une couverture de survie et le corps des compagnons comme coupe-vent.
- Isoler du sol avec un matelas, un sac à dos, des vêtements. Le sol froid aspire la chaleur.
- Retirer les vêtements mouillés et les remplacer par des vêtements secs, en commençant par le tronc.
- Couvrir la tête et le cou.
2. Réchauffer progressivement.
- Si la personne est consciente et peut avaler, lui donner une boisson chaude et sucrée, puis à manger. Le sucre fournit l'énergie nécessaire pour produire de la chaleur.
- Glisser la personne dans un sac de couchage, si possible préchauffé par une autre personne ou par des bouteilles d'eau chaude placées sous les aisselles et sur le tronc, jamais directement contre la peau.
- Ne pas frictionner les membres, ne pas donner d'alcool : l'alcool dilate les vaisseaux et accélère la perte de chaleur.
3. Manipuler avec douceur une personne en hypothermie modérée ou sévère : des mouvements brusques peuvent déclencher un trouble du rythme cardiaque. La garder allongée.
4. Appeler les secours au 112 dès que la personne est confuse, ne frissonne plus, ou que son état ne s'améliore pas après une demi-heure de mesures. Notre guide des premiers secours en montagne détaille l'alerte.
Prévenir : ce qui fait vraiment la différence
Rester sec. C'est la règle numéro un. Enlever une couche avant de transpirer en montée, enfiler la veste imperméable avant d'être mouillé. Notre article sur la technique des trois couches détaille la méthode, et celui sur la randonnée sous la pluie les gestes spécifiques.
Manger et boire régulièrement. Un en-cas toutes les heures par temps froid. Le corps qui manque de carburant cesse de produire de la chaleur.
Avoir une couche chaude sèche en réserve, dans un sac étanche au fond du sac à dos : doudoune ou polaire, bonnet, gants. C'est elle qui sauve la situation quand tout le reste est mouillé.
Une couverture de survie de 60 grammes dans la trousse de secours. Elle ne réchauffe pas, mais elle coupe le vent et l'humidité.
Savoir faire demi-tour. Beaucoup d'hypothermies en randonnée surviennent sur une journée où la météo s'est dégradée et où le groupe a continué. Une échappatoire repérée à l'avance permet de décider sans débat.
En bivouac, le froid vient d'abord du sol : un matelas insuffisant suffit à créer une hypothermie légère au cours d'une nuit d'automne. Notre article sur les nuits fraîches d'arrière-saison donne les bons repères.
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Sur Bivtrack, les alertes météo sur les bivouacs planifiés vous préviennent si la température ou le vent prévus à l'emplacement de nuit se dégradent avant le départ. Votre profil de sac d'automne peut inclure systématiquement la couche chaude de réserve, la couverture de survie et le sac étanche : le mode Faire son sac vous les rappellera à chaque sortie. Et l'analyse multi-étapes de votre itinéraire aide à repérer les échappatoires possibles avant de partir.
Questions fréquentes
À partir de quelle température risque-t-on l'hypothermie en randonnée ?
Il n'y a pas de seuil de température extérieure. On peut faire une hypothermie à 10 °C sous la pluie avec du vent, si l'on est mouillé, fatigué et mal alimenté. L'humidité et le vent sont plus dangereux que le froid sec.
Quels sont les premiers signes de l'hypothermie ?
Des frissons intenses, des mains maladroites qui n'arrivent plus à manipuler une fermeture, une fatigue inhabituelle, une élocution pâteuse et un changement d'humeur. La personne concernée s'en rend rarement compte : ce sont souvent ses compagnons qui repèrent les signes.
Faut-il frictionner une personne en hypothermie ?
Non. Il ne faut ni frictionner les membres ni donner d'alcool. Il faut l'abriter, l'isoler du sol, remplacer ses vêtements mouillés, la couvrir et lui donner une boisson chaude et sucrée si elle est consciente. Une personne en hypothermie modérée doit être manipulée avec douceur.
Une couverture de survie suffit-elle contre l'hypothermie ?
Elle aide, mais ne suffit pas seule. Elle coupe le vent et la pluie et limite le rayonnement, mais n'apporte aucune chaleur. Elle doit être combinée à des vêtements secs, une isolation du sol et une source d'énergie, boisson chaude et nourriture.
Conclusion
L'hypothermie est l'une des urgences les plus fréquentes de la randonnée d'automne, et l'une des plus évitables. Restez sec, mangez régulièrement, gardez une couche chaude en réserve et surveillez vos compagnons plus que vous-même. Au moindre doute, arrêtez-vous, abritez-vous et réchauffez : le temps perdu se rattrape toujours.