Crampons, microspikes ou raquettes : que choisir pour randonner l'hiver ?
En bref : Les raquettes servent en neige profonde et molle, les microspikes sur sentiers plats ou très peu pentus couverts de glace ou de neige tassée, et les crampons dès que la pente se raidit sur neige dure ou glace. Les microspikes ne conviennent jamais en terrain raide, et un crampon exige une chaussure assez rigide pour lui.
En hiver, le sentier d'été devient trois terrains différents : de la neige profonde où l'on s'enfonce, de la neige tassée ou verglacée où l'on glisse, et des pentes dures où une glissade ne s'arrête plus. Chacun appelle son équipement. Les raquettes, les microspikes et les crampons ne sont pas trois versions plus ou moins sérieuses du même outil : ils répondent à des problèmes distincts, et se tromper de catégorie peut coûter cher. Voici comment les distinguer, sans classement de marques.
Trois outils, trois problèmes
- Les raquettes répondent à l'enfoncement. Elles répartissent le poids sur une grande surface pour flotter sur une neige molle et profonde.
- Les microspikes, ou chaînes à neige pour chaussures, répondent à la glissade sur terrain peu pentu. Un chausson en élastomère enveloppe la chaussure et porte des chaînes et de petites pointes.
- Les crampons répondent à la glissade sur pente. Un cadre métallique fixé sous la chaussure porte des pointes longues, généralement avec des pointes avant, et permet de progresser sur neige dure et glace.
Une même sortie peut demander deux de ces outils, par exemple les raquettes en forêt puis les crampons sur une crête soufflée par le vent. C'est le terrain du jour qui décide, pas le calendrier.
Les raquettes : pour la neige profonde
Quand la neige est molle et profonde, ni crampons ni microspikes n'empêchent de s'enfoncer jusqu'au genou. La raquette est alors le bon outil. Les modèles actuels portent des crampons sous la fixation et sur les côtés, efficaces sur neige dure à pente modérée, mais ils ne transforment pas la raquette en outil de pente raide : en dévers raide sur neige dure, c'est là que l'on glisse.
Le choix, le réglage et la technique de marche sont détaillés dans notre guide pour bien débuter en raquettes à neige.
Les microspikes : pour les sentiers plats verglacés
Les microspikes sont légers, s'enfilent en quelques secondes sur presque toutes les chaussures et rendent de grands services sur un chemin forestier verglacé, une piste damée ou un sentier de neige tassée.
Leurs limites sont nettes. La fédération britannique de montagne (BMC) les juge adaptés aux chemins plats ou très peu pentus comportant de la glace ou de la neige tassée, et inadaptés au terrain raide ou exposé ainsi qu'à toute neige non tassée. Elle précise qu'en cas de glissade aux conséquences graves, ils n'offrent souvent pas une sécurité suffisante, et que, contrairement aux crampons de marche, ils ne répondent pas à la norme de protection qui fixe une résistance minimale des pointes, du cadre et des attaches.
Un critère simple : les microspikes conviennent là où une chute ne se terminerait que par une glissade sans suite. Si une glissade pouvait vous emmener plus bas, vers des rochers, une barre ou un ravin, ce n'est plus leur terrain.
Les crampons : pour la neige dure et la glace en pente
Les crampons sont soumis en Europe à la norme EN 893, qui fixe les exigences de sécurité et les méthodes d'essai des crampons d'alpinisme. Pour s'y retrouver entre les modèles, les détaillants et la BMC utilisent une classification britannique en trois catégories :
- C1 : crampon de marche souple, fixé par des sangles avec des arceaux à l'avant et à l'arrière, parfois à dix pointes ;
- C2 : crampon articulé polyvalent, avec des pointes avant plates adaptées à la neige raide et au névé ;
- C3 : crampon technique, articulé ou rigide, fixé par une talonnette à levier, conçu pour la glace et le terrain mixte.
Pour la randonnée hivernale, c'est le plus souvent le C1, et parfois le C2, qui est concerné. Le C3 relève de l'alpinisme technique.
La compatibilité avec les chaussures : B0 à B3
Un crampon ne tient que si la chaussure est assez rigide pour lui. La même classification britannique note les chaussures de B0 à B3, selon la BMC :
- B0 : chaussures souples de randonnée estivale, inadaptées aux crampons ;
- B1 : semelle assez rigide, adaptée aux conditions de neige et de glace les plus faciles de la randonnée ; c'est le minimum absolu pour porter des crampons, et la BMC ne la recommande qu'avec un C1 ;
- B2 : chaussure rigide, conçue pour la montagne en toutes saisons et le port de crampons toute la journée ;
- B3 : chaussure technique rigide, pour l'alpinisme et la cascade de glace, qui accepte les C3 mais aussi les C2 et C1.
La règle qui en découle : le crampon ne doit jamais être plus rigide que la chaussure. Une chaussure souple sous un crampon rigide le fait travailler, et il peut se décrocher. Attention aussi : ces notes B et C sont une convention de vente et non une norme, et tous les fabricants ne l'affichent pas. En cas de doute, essayez crampons et chaussures ensemble en magasin.
Si vous changez de chaussures pour l'hiver, notre guide pour choisir ses chaussures de randonnée détaille les familles de tiges et de semelles.
Le piolet, et ce qu'il ne fait pas
Dès qu'on chausse des crampons pour une pente, le piolet devient l'outil qui va avec : appui en montée, ancrage, et en dernier recours freinage d'une glissade. Mais la BMC met en garde : ne comptez pas sur un freinage au piolet pour vous éviter de vous blesser. Une fois lancé, le freinage est difficile à réussir, même pour ceux qui s'y sont beaucoup entraînés. La vraie sécurité, c'est de ne pas glisser : bonne technique de cramponnage, et renoncement quand la pente dépasse votre niveau.
Le piolet et les crampons s'apprennent. Une journée de formation avec un guide de haute montagne ou un club vaut bien plus qu'un équipement haut de gamme porté sans savoir s'en servir. Hors des sentiers, les bâtons à grandes rondelles restent par ailleurs l'appui de base du randonneur d'hiver : notre article sur l'utilité des bâtons de randonnée en détaille l'usage.
Les risques que ces outils ne règlent pas
- L'avalanche. Aucun crampon n'empêche une pente de partir. Avant toute sortie en montagne enneigée, apprenez à lire le bulletin avalanche (BERA) et emportez DVA, pelle et sonde hors des itinéraires sécurisés.
- Les conditions qui changent dans la journée. Une neige molle l'après-midi peut regeler en plaque dure au retour, à l'ombre. Prévoyez l'équipement du terrain le plus dur de l'itinéraire, pas du plus facile.
- L'accrochage. Les pointes peuvent accrocher les guêtres ou le pantalon : écartez légèrement les pieds en marchant.
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Sur Bivtrack, la couche des pentes de l'IGN, disponible sur les cartes, colore les pentes de 30 degrés et plus. Superposée à votre trace, elle montre où le terrain se raidit, et donc où des microspikes ne suffiront plus. Côté sac, ajoutez raquettes, crampons, microspikes et piolet à votre bibliothèque de matériel avec leur poids réel, puis composez un profil de sac par type de sortie : forêt en raquettes, crête en crampons. Le mode Faire son sac vous rappelle crampons, piolet et protège-pointes la veille du départ.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser des microspikes à la place de crampons ?
Seulement sur terrain plat ou très peu pentu, sur glace ou neige tassée. La BMC les juge inadaptés au terrain raide ou exposé, et ils ne répondent pas à la norme des crampons. Dès qu'une glissade pourrait avoir des conséquences, il faut des crampons et la technique qui va avec.
Quels crampons pour des chaussures de randonnée classiques ?
Une chaussure souple de randonnée estivale, notée B0, n'accepte aucun crampon. Une chaussure assez rigide, notée B1, accepte un crampon de marche à sangles C1. Au-delà, il faut des chaussures plus rigides. Essayez toujours la combinaison en magasin.
Faut-il des crampons pour faire de la raquette ?
Pas sur un itinéraire balisé en forêt : les crampons intégrés aux raquettes suffisent sur neige dure à pente modérée. Si votre itinéraire comporte des passages raides et durs, les raquettes ne suffisent plus, et ce terrain demande crampons, piolet et formation.
Le piolet est-il obligatoire avec des crampons ?
Aucune règle ne l'impose, mais sur une pente où les crampons sont nécessaires, le piolet devient l'outil d'appui et d'ancrage qui va avec. Il ne protège que si vous savez vous en servir, et la BMC rappelle qu'il ne faut pas compter sur lui pour arrêter une glissade.
Conclusion
Raquettes pour ne pas s'enfoncer, microspikes pour ne pas glisser sur le plat, crampons pour tenir sur la pente : le bon choix part du terrain le plus difficile de votre itinéraire. Vérifiez la compatibilité entre chaussures et crampons avant de partir, apprenez à vous servir d'un piolet avant d'en avoir besoin, et gardez en tête que le meilleur équipement ne remplace ni la lecture du bulletin d'avalanche ni le renoncement.