Bulletin avalanche (BERA) : comment le lire avant une sortie en raquettes ou à pied
En bref : Le BERA de Météo-France est publié chaque jour vers 16 h, de début novembre à mi-juin, pour chaque massif des Alpes, des Pyrénées et de Corse. Il donne un niveau de risque de 1 à 5, mais l'essentiel est ailleurs : altitudes et orientations les plus dangereuses, type d'instabilité, enneigement et tendance. Lisez-le en entier, jamais seulement le chiffre.
Les premières neiges arrivent, et avec elles une question que l'on ne se posait pas l'été : la pente que je vais traverser peut-elle partir ? Personne ne peut y répondre à votre place, mais un document vous aide à le faire : le bulletin d'estimation du risque d'avalanche, ou BERA, rédigé par Météo-France pour chaque massif. Il concerne aussi le randonneur à pied et le raquettiste, et pas seulement le skieur de hors-piste. Voici comment le lire, rubrique par rubrique, et ce qu'il ne dit pas.
Le BERA en bref : qui, quand, où
Selon le guide avalanche de Météo-France, les BERA sont diffusés chaque jour de début novembre à mi-juin. Ils sont rédigés vers 16 h et valent jusqu'au lendemain soir : le bulletin que vous lisez la veille au soir est donc bien celui de votre sortie. Ils couvrent les zones de relief des Alpes, des Pyrénées et de la Corse, découpées en massifs de quelques centaines de kilomètres carrés.
Où le trouver :
- sur meteofrance.com, rubrique montagne, avec les prévisions par massif et les hauteurs de neige hors piste ;
- dans l'application mobile de Météo-France ;
- par répondeur téléphonique au 08 92 68 10 20 (service payant) ;
- pour les massifs voisins hors de France, le site des services européens de prévision, avalanches.org, renvoie vers chaque bulletin national.
Un point à retenir dès maintenant : le BERA n'est valable qu'en dehors des pistes balisées et ouvertes. C'est précisément le terrain du randonneur.
L'échelle européenne à cinq niveaux
Le niveau de risque se réfère à l'échelle européenne de danger d'avalanche. Météo-France rappelle qu'elle commence à 1 et non à 0, parce que le risque zéro n'existe pas en montagne. Voici ce que dit chaque niveau, d'après la version française de l'échelle publiée dans le guide de Météo-France.
- 1, faible : le manteau neigeux est bien stabilisé dans la plupart des pentes. Un déclenchement n'est en général possible que par forte surcharge, dans de très rares pentes raides.
- 2, limité : dans quelques pentes suffisamment raides, le manteau n'est que modérément stabilisé. Déclenchements possibles surtout par forte surcharge, dans les pentes généralement décrites par le bulletin.
- 3, marqué : dans de nombreuses pentes suffisamment raides, le manteau n'est que modérément à faiblement stabilisé. Déclenchements possibles parfois même par faible surcharge.
- 4, fort : le manteau est faiblement stabilisé dans la plupart des pentes suffisamment raides. Déclenchements probables même par faible surcharge.
- 5, très fort : l'instabilité est généralisée, avec de nombreux départs spontanés de très grandes avalanches, y compris en terrain peu raide.
Le mot qui compte, pour vous, est surcharge. L'échelle classe le raquettiste, comme le skieur isolé qui évolue en douceur ou le groupe espacé d'au moins 10 mètres, dans la faible surcharge. La forte surcharge, c'est par exemple un groupe sans espacement. Autrement dit, à partir du niveau 3, l'échelle elle-même prévoit qu'un randonneur seul peut déclencher une avalanche.
Le niveau 3 mérite une attention particulière. D'après les services européens de prévision (EAWS), il est prévu pendant environ 30 % de l'hiver mais concentre environ la moitié des décès par avalanche, contre environ 30 % pour le niveau 2. Ce niveau intermédiaire, que l'on serait tenté de juger « moyen », est en réalité celui où l'on meurt le plus.
Ce que dit chaque rubrique du bulletin
Le guide de Météo-France décrit un bulletin détaillé par massif, organisé ainsi.
Le risque maximal et sa localisation
En tête, le niveau de risque maximal du massif, accompagné d'un pictogramme qui précise où il s'applique : au-dessus ou en dessous d'une altitude, avec une évolution dans la journée, ou avec une différence entre deux parties du massif. Un risque 3 au-dessus de 2 000 mètres et 2 en dessous ne raconte pas la même chose qu'un 3 partout.
Les orientations les plus dangereuses
Un pictogramme en forme de rose des vents met en évidence les orientations des pentes les plus dangereuses. C'est l'information la plus directement utilisable avec une carte : un itinéraire qui reste en versant sud quand la rose désigne le nord et l'est n'a pas le même profil qu'un autre.
La stabilité du manteau neigeux
Météo-France la qualifie de pièce maîtresse du bulletin. Ce texte décrit l'état du manteau, la nature du risque, les départs spontanés et les déclenchements provoqués, et localise les pentes les plus dangereuses. Il s'accompagne des pictogrammes des situations avalancheuses typiques, définies à l'échelle européenne :
- neige fraîche, liée aux chutes de neige en cours ou récentes ;
- neige ventée, quand le vent transporte la neige et forme des plaques ;
- couche fragile persistante, une couche enfouie qui peut rester instable longtemps ;
- neige humide, quand l'eau de fonte ou la pluie déstabilise le manteau ;
- avalanches de fond, quand tout le manteau glisse sur le sol, souvent sur herbe ou dalles lisses.
Le bulletin peut aussi indiquer qu'aucune situation typique ne domine. Météo-France précise que ce n'est pas un signe de conditions sûres : tout type d'avalanche reste possible.
L'enneigement, la météo et la tendance
Suivent un graphique de l'épaisseur de neige à différentes altitudes en versants nord et sud, les chutes récentes et prévues (en général à 1 800 mètres), un texte sur la qualité de la neige de surface, un aperçu météo et la tendance probable du risque à 48 heures. Cette dernière ligne est utile pour un projet de deux jours : un risque qui monte le lendemain change la décision dès la veille.
Les limites du bulletin
Le guide de Météo-France est très clair sur ce que le BERA n'est pas.
- Ni feu vert ni feu rouge. C'est un outil d'aide à la décision. Météo-France met explicitement en garde contre la règle « en 2, je vais partout ; en 4, je ne sors pas ».
- Une estimation à l'échelle du massif. Il ne peut pas décrire votre pente. Météo-France rappelle qu'il est impossible de prévoir la survenue d'une avalanche donnée.
- Il se confronte au terrain. Pendant la sortie, vos observations (neige récente, vent, corniches, fissures, bruits sourds) priment pour maintenir, modifier ou annuler l'itinéraire.
- Il se complète localement, auprès des services des pistes, des professionnels de la montagne et des secours.
Le début de saison ajoute une difficulté. Le guide note qu'un manteau neigeux peu épais, surtout en début de saison, est souvent instable. Les premières sorties de novembre ne sont donc pas, par principe, les plus simples.
Enfin, l'inclinaison reste un repère de base. L'institut suisse pour l'étude de la neige et des avalanches (SLF) indique qu'une avalanche de plaque demande une pente d'au moins 30 degrés et une surcharge. Attention cependant : une pente douce située sous une pente raide peut être balayée par une avalanche partie au-dessus.
Lire le BERA en pratique, la veille au soir
- Choisissez le bon massif, celui de votre itinéraire et non celui de la station la plus proche.
- Lisez le niveau et sa localisation, puis repérez sur votre carte les altitudes et orientations désignées.
- Lisez le texte de stabilité en entier et identifiez la situation typique dominante.
- Regardez la tendance si vous partez plusieurs jours.
- Décidez d'un plan B plus bas ou en forêt, avant de partir.
Pour débuter, les itinéraires balisés en forêt et les pentes douces restent la règle, comme le détaille notre guide pour bien débuter en raquettes à neige. Hors de ces itinéraires, chaque membre du groupe a besoin d'un DVA, d'une pelle et d'une sonde, et de la formation pour s'en servir. Le reste du matériel et des précautions est dans notre article sur la randonnée hivernale et le bivouac neige.
Préparer sa sortie avec Bivtrack
Sur Bivtrack, les cartes proposent une couche des pentes de l'IGN qui colore les pentes de 30 degrés et plus, par tranches de cinq degrés. Superposée à votre trace, elle permet de repérer les passages en pente raide et les versants qui les surplombent, puis de les comparer aux orientations désignées par le BERA. Si vous prévoyez une nuit dehors, les règles changent d'un massif à l'autre : consultez par exemple les règles du bivouac dans le Vercors ou du bivouac dans les Pyrénées. Bivtrack ne remplace pas le bulletin : il aide à le confronter à votre itinéraire.
Questions fréquentes
À quelle heure le bulletin avalanche est-il publié ?
D'après Météo-France, le BERA est rédigé vers 16 h et vaut jusqu'au lendemain soir. Il est diffusé chaque jour de début novembre à mi-juin. Consultez-le la veille au soir, puis vérifiez le matin qu'aucune vigilance n'a été émise.
Le BERA concerne-t-il les randonneurs à pied et en raquettes ?
Oui. Météo-France le destine explicitement aux pratiquants de la montagne hivernale, à pied, en raquettes, à skis ou en surf. L'échelle européenne classe d'ailleurs le raquettiste parmi les surcharges faibles, capables de déclencher une avalanche à partir du niveau 3.
Un risque 2 « limité » veut-il dire qu'on peut aller partout ?
Non. Au niveau 2, des déclenchements restent possibles dans les pentes décrites par le bulletin, et ce niveau concentre environ 30 % des décès selon les services européens de prévision. Météo-France met en garde contre toute décision fondée sur le seul chiffre.
Quelle différence entre le BERA et la vigilance avalanche ?
La vigilance avalanche, sur la carte de vigilance de Météo-France, signale des situations exceptionnelles qui peuvent menacer routes et habitations. Le BERA décrit chaque jour le risque hors piste pour les pratiquants. Une vigilance verte ne dit donc rien de la pente que vous allez parcourir.
Conclusion
Le BERA est le premier geste de toute sortie en montagne enneigée, et il demande cinq minutes de lecture attentive plutôt qu'un coup d'œil au chiffre. Le niveau dit l'ampleur du danger, la rose des orientations et le texte de stabilité disent où il se trouve, la tendance dit comment il évolue. Le reste se joue sur le terrain, avec l'humilité de renoncer quand la neige ne ressemble pas à ce que vous attendiez.