Patous et troupeaux : traverser un pâturage sans incident
En bref : Un chien de protection fait son travail en venant vous évaluer. Arrêtez-vous, baissez les bras, ne criez pas, ne courez pas, contournez le troupeau par le bas et laissez le chien vous escorter. Les bâtons se rangent, votre chien tenu en laisse passe derrière vous, et le vélo se pousse à pied.
C'est la rencontre qui inquiète le plus les randonneurs français en montagne, et celle sur laquelle les mauvais conseils circulent le plus. Un chien blanc de soixante kilos sort du troupeau, aboie, et vient droit sur vous. La réaction spontanée est exactement la mauvaise.
Cet article explique ce que fait le chien, comment lui répondre, et pourquoi l'animal statistiquement le plus dangereux de l'alpage n'est pas le chien mais la vache.
Ce que fait le chien, et pourquoi
Un chien de protection n'est pas un chien de troupeau. Le chien de conduite, le border collie, rassemble les bêtes sur ordre du berger. Le chien de protection, lui, vit avec le troupeau en permanence, sans ordre et souvent sans berger à proximité. Le montagne des Pyrénées, le fameux patou, est le plus répandu, avec le berger d'Anatolie, le kangal et le berger de Maremme.
Son rôle est la dissuasion, face au loup principalement, revenu en France depuis 1992 et présent aujourd'hui dans une grande partie des massifs. Il ne défend pas un territoire, il défend un groupe d'animaux.
Quand il vient vers vous en aboyant, il fait son travail : il signale votre présence et il vient vous identifier. L'aboiement n'est pas une attaque, c'est un avertissement, et la plupart du temps il se termine par un chien qui vous accompagne à distance jusqu'à ce que vous ayez quitté les environs du troupeau.
La bonne réaction, geste par geste
- Arrêtez-vous. Ne continuez pas d'avancer vers lui ou vers le troupeau. S'arrêter est le premier message compréhensible que vous pouvez lui envoyer.
- Baissez les bras et rangez les bâtons. Un bâton levé est une menace, et c'est le geste qui déclenche le plus de morsures. Repliez-les le long du corps, ou dans le dos.
- Ne criez pas, ne gesticulez pas. Parlez calmement, à voix basse, ou ne dites rien.
- Ne courez jamais. La fuite est le signal auquel un chien répond par la poursuite.
- Laissez-le venir vous sentir. Restez immobile, le regard non fixé dans ses yeux, mains baissées. C'est le moment où il conclut que vous n'êtes pas un danger.
- Ne le caressez pas, ne le nourrissez pas. Ce n'est pas un chien de compagnie, et un chien habitué aux caresses des randonneurs perd sa fonction, ce qui finira par lui coûter sa place.
- Repartez lentement, en contournant largement le troupeau. Comptez cinquante mètres si le terrain le permet, et passez par le bas : le chien accepte mieux un contournement en aval, qui l'éloigne moins de ses bêtes.
- Ne traversez jamais le troupeau. Même si le sentier passe au milieu. Le détour est toujours le bon choix.
- Acceptez l'escorte. Un chien qui vous suit à vingt mètres en aboyant par intermittence vous accompagne dehors. Continuez à marcher, il s'arrêtera de lui-même.
Si un chien devient réellement menaçant, grognement bas, poils hérissés, approche très proche : gardez le sac entre vous et lui, reculez sans vous retourner complètement, et interposez un obstacle, un arbre, un rocher, une clôture. Ne tournez pas le dos pour partir en courant.
Si vous avez un chien, un vélo, ou des enfants
Avec un chien, la situation change de nature : le chien de protection voit votre animal comme la menace, pas vous. Tenez-le en laisse courte, derrière vous, coupez au plus large, et n'hésitez pas à renoncer au passage. Dans les cœurs de parcs nationaux, le chien est de toute façon interdit, comme le rappelle notre article sur la randonnée avec son chien. C'est le cas de figure qui produit le plus d'incidents graves.
À vélo, descendez et poussez, le vélo entre vous et le chien. Une roue qui tourne et une silhouette rapide déclenchent la poursuite de façon quasi systématique.
Avec des enfants, rassemblez-les derrière vous, demandez le silence et l'immobilité, et expliquez avant la rencontre plutôt que pendant. Un enfant qui court en criant est le scénario à éviter. Notre article sur la randonnée en famille aborde ce genre de préparation en amont.
Les vaches, le vrai danger dont on ne parle pas
Les accidents graves impliquant du bétail en France concernent bien plus souvent des bovins que des chiens, et en particulier des vaches allaitantes accompagnées de leurs veaux. Une vache mère pèse six à sept cents kilos, protège son veau, et charge sans avertissement long.
- Ne passez jamais entre une vache et son veau. C'est la seule règle à retenir absolument.
- N'approchez pas un veau, même couché seul et paraissant abandonné. La mère est à proximité et vous observe.
- Contournez largement, sans traverser le groupe, sans bruit brusque.
- Si un troupeau vous suit par curiosité, continuez à marcher calmement : les génisses sont curieuses, pas agressives.
- Si vous êtes chargé et que vous avez un chien en laisse, lâchez-le. La vache suivra le chien, qui est plus rapide que vous et saura se dégager. C'est contre-intuitif et c'est la bonne réaction.
- Cherchez la clôture la plus proche et passez de l'autre côté.
Les clôtures et les barrières
Les alpages sont des espaces de travail, traversés par des clôtures qui ne sont pas des obstacles mais des outils.
Une barrière se laisse comme on l'a trouvée. Fermée si elle était fermée, ouverte si elle était ouverte. Une barrière laissée ouverte, c'est un troupeau sur la route et parfois un animal mort.
Une clôture électrique se franchit par sa poignée isolée, celle qui est prévue pour, et se raccroche derrière soi. Ne l'enjambez pas, ne la soulevez pas à main nue, ne coupez jamais un fil.
Ce qui change de mi-septembre à mi-octobre
C'est la période de la descente des troupeaux, la démontagnée. Elle concentre les rencontres pour trois raisons :
- Les troupeaux sont regroupés avant le départ, donc plus denses et plus vastes qu'en plein été.
- Ils se déplacent, parfois sur les sentiers, parfois sur les routes de vallée.
- Les chiens sont plus vigilants pendant les mouvements de troupeau, et les prédateurs plus actifs dans cette période.
L'avantage, pour la suite : une fois les bêtes descendues, généralement courant octobre, les alpages se libèrent, les cabanes pastorales aussi, et les abris non gardés redeviennent disponibles. Nos articles sur octobre dans les Alpes et sur le mois de novembre décrivent cette bascule.
Notez aussi que les panneaux d'information à l'entrée d'une zone pastorale signalent normalement la présence de chiens de protection. Lisez-les : ils indiquent parfois un itinéraire de contournement balisé.
Anticiper les alpages sur un itinéraire
Le bon réflexe n'est pas de renoncer aux zones pastorales, il est de savoir où elles se trouvent, et surtout de ne pas installer sa nuit à côté. Un bivouac à cent mètres d'un troupeau, c'est des aboiements jusqu'au matin, un chien qui vient plusieurs fois vérifier la tente, et un berger légitimement contrarié.
Avec Bivtrack, chaque spot enregistré porte ses informations de terrain, exposition, orientation, type de sol, et vous pouvez y noter la présence d'un troupeau ou d'un parc à moutons : c'est exactement le genre d'information qui ne figure sur aucune carte et qu'on regrette de ne pas avoir écrite l'année précédente. L'analyse multi-étapes situe chaque nuit sur le parcours, ce qui permet de déplacer une étape qui tomberait en pleine zone d'alpage, et la carte du bivouac montre les aires officielles et les abris non gardés du secteur, souvent placés hors des pâtures actives. Notre méthode pour choisir un emplacement intègre ce critère parmi les autres.
Questions fréquentes
Que faire si un patou aboie et vient vers moi ?
Arrêtez-vous, baissez les bras, rangez vos bâtons, ne criez pas et ne courez pas. Laissez-le venir vous sentir, puis repartez lentement en contournant le troupeau par le bas, à bonne distance. L'aboiement est un avertissement, pas une attaque : dans la très grande majorité des cas, il vous escorte hors de la zone et s'arrête.
Peut-on caresser un chien de protection ?
Non. Ce n'est pas un chien de compagnie, et l'habituer aux contacts avec les randonneurs le rend inapte à son travail. Un chien de protection qui perd sa fonction est un chien qu'on retire du troupeau.
Les vaches sont-elles dangereuses en randonnée ?
Plus que les chiens, en nombre d'accidents graves. Le risque vient des vaches allaitantes protégeant leur veau. Ne passez jamais entre une mère et son veau, n'approchez pas un veau isolé, contournez largement, et si vous êtes chargé avec un chien en laisse, lâchez-le : la vache le suivra, lui.
Le sentier passe au milieu du troupeau, que faire ?
Sortez du sentier et contournez, même si cela coûte vingt minutes. Un itinéraire balisé n'oblige personne à traverser un troupeau, et les panneaux d'entrée de zone pastorale indiquent parfois un contournement prévu pour cela.
Conclusion
Un chien de protection n'est ni méchant ni imprévisible : il applique un comportement lisible, et il répond à des signaux simples. S'arrêter, baisser les bras, se taire, contourner par le bas. Les erreurs qui provoquent les morsures sont toujours les mêmes, lever un bâton, crier, courir, ou passer avec un chien non tenu. Et gardez en tête le vrai classement du danger sur un alpage : la vache avec son veau passe devant le chien blanc qui aboie.