Le Chemin de Stevenson (GR70) en autonomie : étapes, eau et bivouacs

En bref : Le GR70 relie Le Monastier-sur-Gazeille à Saint-Jean-du-Gard, 272 kilomètres en douze jours, sans difficulté technique. Il traverse le Velay, le Gévaudan, le mont Lozère et les Cévennes. L'automne y est la meilleure saison : l'eau revient, les châtaigneraies tournent, et les gîtes sont encore ouverts.

En septembre 1878, Robert Louis Stevenson part du Monastier-sur-Gazeille avec une ânesse têtue nommée Modestine et traverse le Gévaudan et les Cévennes à pied. Le récit qu'il en tire, publié l'année suivante, a donné son nom à l'un des plus beaux grands itinéraires français, et le seul dont on puisse dire qu'il a été écrit avant d'être balisé.

C'est aussi, pour des raisons très concrètes, l'un des meilleurs premiers longs treks : pas de difficulté technique, un balisage constant, des villages réguliers, et un automne qui lui va mieux que l'été.

Le parcours en bref

272 kilomètres, du Monastier-sur-Gazeille en Haute-Loire à Saint-Jean-du-Gard dans le Gard. Douze étapes dans le découpage classique, dix pour un marcheur rapide, quinze pour qui veut flâner.

Quatre pays traversés, et c'est ce qui fait sa richesse :

Le dénivelé est modéré mais constant : 300 à 700 mètres de montée par jour, sans passage technique, sans exposition, sans névé. Le chemin est intégralement balisé en rouge et blanc.

Pourquoi l'automne lui va si bien

L'eau revient. C'est l'argument décisif. En juillet et en août, le mont Lozère et les plateaux du Gévaudan sont secs, plusieurs sources indiquées sur les cartes ne coulent pas, et la gestion de l'eau devient la contrainte principale de la journée. Les pluies de septembre remettent les sources en fonction.

La chaleur tombe. Les étapes du Velay et du Gévaudan traversent de longues sections ouvertes, sans ombre, où trente degrés transforment la marche en épreuve.

Les châtaigneraies tournent. Octobre est le mois des Cévennes, quand la châtaigneraie passe au jaune et que la récolte bat son plein dans les hameaux. C'est la période où le paysage raconte le mieux ce que l'article de notre blog sur les couleurs d'automne décrit ailleurs en France.

Les gîtes restent ouverts. Contrairement aux refuges d'altitude, les gîtes d'étape du GR70 fonctionnent souvent jusqu'à la Toussaint, parfois au-delà. Vérifiez avant de partir : la fréquentation baisse et certains ferment plus tôt.

Le revers est la lumière. Douze heures de jour début octobre, dix fin octobre, ce qui suffit largement pour des étapes de cinq à sept heures, mais impose de partir tôt. Nos calculs sur les journées qui raccourcissent s'appliquent directement.

Le découpage, et où il coince

Le découpage classique en douze étapes suit les villages, donc les gîtes. Si vous marchez en autonomie complète, ce n'est plus le bon découpage : rien ne vous oblige à vous arrêter là où dorment les autres, et les plus beaux emplacements ne sont pas dans les bourgs.

Les points à anticiper :

Pour le calcul des journées, nos repères sur le nombre de kilomètres par jour avec un sac chargé valent ici, avec une correction favorable : le terrain roulant du Velay permet de tenir des distances qu'un massif alpin interdirait.

Le bivouac : ce que dit le parc national

La seconde moitié du parcours traverse le parc national des Cévennes, et les règles y sont précises. Elles ne sont pas les mêmes que dans les Alpes, notamment parce que le parc des Cévennes est le seul parc national français dont le cœur est habité en permanence.

Notre page dédiée au bivouac dans les Cévennes donne les règles relevées sur les sources officielles, et nos règles du bivouac massif par massif replacent ce cas dans l'ensemble français. Le principe général du bivouac s'applique : tente montée tard, démontée tôt, une seule nuit au même endroit, à distance des accès routiers.

Hors du parc, dans le Velay et le Gévaudan, la règle habituelle du bivouac en France s'applique, avec l'accord du propriétaire sur les terrains privés, nombreux sur ces plateaux agricoles.

Pensez aussi aux abris non gardés : le parcours longe des cabanes, des bergeries restaurées et des abris de plateau qui rendent service un soir de pluie battante.

L'eau, le sujet numéro un

Même en automne, c'est la contrainte à traiter en premier sur ce chemin.

Où dormir étape par étape

Le tableau suit les villages-étapes les plus courants, du Monastier à Saint-Jean-du-Gard ; ajoutez une journée si vous partez du Puy-en-Velay. La colonne « où dormir légalement » donne la règle de bivouac qui s'applique sur la portion.

Étape Où dormir légalement Points d'eau recensés Abris non gardés
Le Monastier → Le Bouchet-Saint-Nicolas Hors parc national : règle générale, accord du propriétaire sur terrain privé Bloc sanitaire de Goudet Aucun recensé
Le Bouchet-Saint-Nicolas → Langogne, par Pradelles Hors parc national : règle générale Eau signalée près de la cabane d'Arquejols Cabane d'Arquejols
Langogne → Cheylard-l'Évêque Hors parc national : règle générale Aucun recensé Aucun recensé
Cheylard-l'Évêque → La Bastide-Puylaurent Hors parc national : règle générale Eau signalée près de l'abri Abri de l'étang de l'Auradoux
La Bastide-Puylaurent → Chasseradès Hors parc national : règle générale Aucun recensé Aucun recensé
Chasseradès → Le Bleymard Hors parc national : règle générale Aucun recensé Aucun recensé
Le Bleymard → Le Pont-de-Montvert Cœur du parc sur le mont Lozère : de 19 h à 9 h, une nuit, à 50 m au plus du GR, tronçon de Finiels exclu Eau signalée près de la cabane Cabane du Mont Lozère (1 460 m, versant sud, au-dessus de Finiels)
Le Pont-de-Montvert → Florac Cœur du parc sur la montagne du Bougès : mêmes règles Eau signalée près de la jasse de Chanteloup et de la cabane Bonnal Jasse de Chanteloup, cabane Bonnal (2 places), cabane du Sellet
Florac → Cassagnas En partie dans le cœur du parc : mêmes règles sur cette portion Aucun recensé Cabane de Fontanille
Cassagnas → Saint-Germain-de-Calberte Surtout dans le cœur du parc : mêmes règles Pas d'eau signalée à la cabane Cabane du Serre
Saint-Germain-de-Calberte → Saint-Jean-du-Gard Hors cœur du parc : règle générale Pas d'eau signalée à l'abri Cabane du col de Saint-Pierre

Les limites du cœur viennent de la couche des espaces protégés de l'IGN, croisée avec la trace OpenStreetMap du GR70, et les règles du cœur du parc national des Cévennes. Abris et points d'eau : données de la communauté refuges.info (CC BY-SA 2.0), retenues seulement à quelques centaines de mètres de la trace au plus. Elles sont rares sur ce chemin : les fontaines de village, non listées ici, restent votre première ressource.

L'âne, si vous voulez faire comme Stevenson

Le chemin a gardé cette particularité : une dizaine de loueurs jalonnent le parcours et proposent des ânes bâtés, avec un accompagnement au départ et une récupération à l'arrivée. L'âne porte trente à quarante kilos, ce qui change radicalement la logistique avec des enfants, et il impose son rythme, autour de quatre kilomètres à l'heure.

Ce n'est pas un gadget touristique : c'est une façon de marcher qui rend ce chemin accessible à des familles, et qui recrée assez fidèlement le voyage d'origine. Notre article sur la randonnée en famille aborde le reste de l'organisation.

Les accès, sans voiture

C'est l'un des rares grands itinéraires français faciles en transport public.

Au départ : train jusqu'au Puy-en-Velay, puis car jusqu'au Monastier-sur-Gazeille, une vingtaine de kilomètres.

À l'arrivée : car de Saint-Jean-du-Gard à Alès, puis train. Comptez une demi-journée de bout en bout.

Cette facilité change le format du projet : pas de voiture à récupérer, donc pas d'obligation de boucle, et la possibilité de couper le chemin en deux moitiés sur deux années.

Préparer son GR70 avec Bivtrack

Un itinéraire linéaire de douze jours se prépare sur deux axes : le découpage des nuits, et le sac.

Avec Bivtrack, importez la trace du GR70 dans un projet : l'analyse multi-étapes le découpe en journées avec un emplacement de nuit pour chacune, ce qui permet de faire tomber vos étapes sur vos critères plutôt que sur la position des gîtes, et de vérifier que l'étape du mont Lozère ne se retrouve pas en fin de journée. La détection automatique de bivouac identifie les zones plates et abritées le long de la trace, précieuses sur les plateaux battus par le vent. La carte du bivouac affiche les points d'eau et les abris non gardés du secteur, c'est-à-dire l'information qui manque le plus sur ce parcours, avec les règles du parc national des Cévennes relevées sur les sources officielles. Côté sac, la bibliothèque de matériel et les profils permettent de caler un poids réel avant le départ, et le mode Faire son sac de ne rien oublier la veille.

Questions fréquentes

Combien de jours faut-il pour le Chemin de Stevenson ?

Douze jours dans le découpage classique, pour 272 kilomètres. Comptez dix jours si vous marchez vite et sept à huit heures par jour, quinze si vous voulez visiter les villages et prendre des journées courtes. Le chemin se coupe facilement en deux moitiés, au niveau du Bleymard ou de Pont-de-Montvert.

Le GR70 est-il difficile ?

Non techniquement. Pas de passage exposé, pas de névé, un balisage rouge et blanc continu, et 300 à 700 mètres de dénivelé par jour. La difficulté est l'endurance sur la durée, et l'étape du mont Lozère par mauvais temps, longue et sans abri.

Peut-on bivouaquer sur le Chemin de Stevenson ?

Oui, avec deux régimes différents. Dans le cœur du parc national des Cévennes, les règles du parc s'appliquent : consultez-les avant de partir. Hors du parc, la règle générale du bivouac en France vaut, avec l'accord du propriétaire sur les nombreux terrains privés des plateaux.

Quelle est la meilleure période pour le GR70 ?

Septembre et octobre, puis mai et juin. L'automne a l'avantage de l'eau, qui revient après l'été, de la fraîcheur sur les longues sections sans ombre, et des châtaigneraies cévenoles. L'été est chaud et sec sur les plateaux, l'hiver praticable mais avec de la neige possible sur le mont Lozère.

Conclusion

Le Chemin de Stevenson est le grand itinéraire français le plus accessible : pas de technique, un balisage constant, des villages réguliers, un accès en train aux deux bouts. Ce qui le rend mémorable n'est pas la difficulté, c'est la traversée de quatre pays très différents en douze jours de marche, du plateau volcanique du Velay aux châtaigneraies cévenoles. Faites-le en octobre, quand l'eau est revenue et que les feuilles tournent, et emportez de quoi bivouaquer même si vous dormez en gîte : ce chemin donne envie de s'arrêter ailleurs que là où tout le monde s'arrête.

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