Bilan de fin de saison : comment analyser ses treks de l'été
En bref — Un bilan de saison utile tient en cinq mesures (kilomètres, dénivelé, poids de sac moyen, nuits dehors, taux d'objectifs atteints) et quatre questions sur le matériel jamais sorti, les moments difficiles, les erreurs répétées et l'écart entre le trek rêvé et le trek vécu.
La saison se termine, et avec elle une accumulation d'expériences qui, dans la plupart des cas, ne servira à rien. Non par manque d'intérêt, mais parce que personne ne prend les deux heures nécessaires pour transformer des souvenirs en enseignements. C'est dommage : un randonneur qui fait son bilan chaque automne progresse considérablement plus vite qu'un randonneur qui accumule les kilomètres sans jamais les relire.
Voici une méthode. Elle tient en deux temps : ce qui se compte, et ce qui se raconte.
Premier temps : les cinq chiffres
Sortez vos traces GPX, vos photos horodatées, vos réservations de refuge. L'objectif n'est pas la performance, c'est la base de comparaison pour l'an prochain.
1. Le volume réel. Kilomètres et dénivelé positif cumulés sur la saison, toutes sorties confondues, journées comprises. Presque tout le monde surestime ce chiffre d'environ 30 %. Le connaître change la façon de préparer l'année suivante.
2. Le poids de sac moyen. Pas celui du plus beau trek, la moyenne. Si vous l'avez pesé trois fois sur douze sorties, notez les trois et assumez l'approximation. Un sac qui reste au-dessus de 20 % du poids de corps sur toute la saison est un sac à retravailler, comme l'explique notre guide du poids idéal du sac.
3. Le nombre de nuits dehors. Bivouacs et refuges séparés. C'est le meilleur indicateur d'autonomie réelle, bien meilleur que le kilométrage : quinze nuits dehors dans l'année valent, en expérience acquise, davantage que cinq cents kilomètres de sorties à la journée.
4. La plus grosse journée. Distance, dénivelé, durée. Elle définit votre plafond actuel, et c'est à partir d'elle qu'on calibre les objectifs de la saison suivante, pas à partir de ce qu'on imagine pouvoir faire.
5. Le taux de réalisation. Combien d'objectifs posés au printemps ont réellement été atteints ? Un taux de 100 % signifie souvent qu'on a visé trop bas ; en dessous de 40 %, on a visé trop haut ou mal planifié. La zone saine se situe entre 55 et 75 %.
Deuxième temps : les quatre questions
Les chiffres décrivent ce qui s'est passé. Les questions expliquent pourquoi.
Quel matériel n'est jamais sorti du sac ?
Videz complètement votre sac de la saison et faites deux piles : ce qui a servi, ce qui n'a pas servi. La seconde pile est presque toujours plus lourde qu'on ne l'imagine, entre 800 g et 1,5 kg pour un randonneur moyen.
Attention au piège : tout ce qui n'a pas servi n'est pas inutile. La trousse de secours, la couverture de survie et le kit de réparation appartiennent à une catégorie à part, celle du matériel qu'on emporte précisément en espérant ne jamais l'utiliser. La question ne vaut que pour le reste : le troisième t-shirt, le livre, le trépied, les deux cents grammes d'électronique de secours.
Quel a été le moment le plus difficile, et pourquoi ?
Il y en a toujours un. Une montée sous la chaleur, une nuit blanche de froid, une descente interminable, un moment de doute sur l'itinéraire. Décrivez-le en trois lignes, puis identifiez sa cause réelle. Presque toujours, elle relève d'une de ces quatre familles :
- une préparation physique insuffisante pour l'objectif visé ;
- un matériel inadapté, généralement le couchage ou les chaussures ;
- une planification irréaliste : trop de kilomètres, pas assez de jour ;
- un facteur externe subi, météo ou blessure, sur lequel on n'avait pas la main.
Les trois premières se corrigent. La quatrième s'anticipe, sans jamais s'éliminer.
Quelle erreur ai-je commise plusieurs fois ?
C'est la question la plus utile de la liste, et la plus inconfortable. Une erreur unique est un accident ; une erreur répétée est un défaut de méthode. Les récidives classiques : partir trop tard le matin, sous-estimer l'eau nécessaire, emporter trop de nourriture, négliger le bulletin météo de la veille, ne jamais vérifier l'état de ses semelles.
Le trek vécu ressemblait-il au trek imaginé ?
Question qualitative, mais déterminante pour la saison suivante. Certains découvrent qu'ils ont passé l'été à courir après des objectifs qui ne leur ressemblaient pas, des grands itinéraires prestigieux alors qu'ils préféraient trois nuits dans un massif discret. D'autres constatent l'inverse : ils se sont bridés par prudence et auraient pu viser plus grand.
Ce que le bilan doit produire
Un bilan qui ne débouche sur rien n'est qu'un exercice de nostalgie. À la fin des deux heures, vous devez avoir écrit trois choses :
- Une liste de matériel à sortir du sac : avec le poids économisé, chiffré.
- Une liste de matériel à remplacer ou acquérir : par ordre de priorité, pas par ordre d'envie. Un sac de couchage insuffisant passe avant une veste plus légère.
- Trois objectifs pour la saison suivante, dont au moins un légèrement au-dessus de votre plafond actuel.
Ce dernier point compte. Un objectif qui ne fait pas un peu peur ne fait pas progresser.
Le moment idéal pour le faire
Maintenant, précisément. Deux raisons à cela.
D'abord, les souvenirs sont encore frais : on se rappelle où le sac frottait, quelle nuit a été froide, quel col a semblé interminable. Trois mois plus tard, tout cela s'est lissé en un souvenir agréable et inutilisable.
Ensuite, c'est la bonne fenêtre commerciale. Les fins de série d'été sortent en septembre-octobre, avant les collections d'hiver : c'est le meilleur moment de l'année pour remplacer un sac de couchage ou une paire de chaussures identifiés comme insuffisants. Attendre le printemps, c'est payer plein tarif au pire moment.
Garder une trace exploitable
L'intérêt d'un bilan se révèle au deuxième, puis au troisième. Comparer trois saisons montre des tendances qu'une seule année ne révèle jamais : un poids de sac qui baisse régulièrement, une distance journalière qui plafonne, un ratio bivouac/refuge qui bascule.
C'est précisément ce que Bivtrack conserve sans effort : chaque projet garde son tracé, son sac pesé au gramme près, ses spots de bivouac et ses photos. En fin de saison, tout est là, daté et comparable, au lieu d'être éparpillé entre une application de trace, un tableur et une galerie photo. Créez votre carnet de saison sur bivtrack.com, gratuit, et vos données restent les vôtres.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour faire un bilan de saison sérieux ?
Deux heures suffisent si les données existent déjà : une heure pour rassembler les chiffres à partir des traces et des photos, une heure pour répondre aux quatre questions par écrit. C'est l'écriture qui compte, un bilan mental ne produit aucune décision et s'oublie en quelques jours.
Faut-il faire un bilan même après une petite saison ?
Surtout après une petite saison. Trois sorties suffisent à révéler une erreur répétée, un matériel inadapté ou un objectif mal calibré. Et un bilan de saison creuse aide souvent à identifier ce qui a empêché de partir, qui relève rarement du matériel et souvent de l'organisation.
Quel matériel faut-il remplacer en priorité après une saison ?
Dans l'ordre : les chaussures si la semelle est lisse ou l'amorti tassé, le sac de couchage s'il a été insuffisant ne serait-ce qu'une nuit, puis le sac à dos si le portage a causé des douleurs. Le reste (vestes, réchauds, matelas) supporte généralement plusieurs saisons supplémentaires.
Comment savoir si mes objectifs de la saison étaient réalistes ?
En regardant le taux de réalisation. Entre 55 et 75 % d'objectifs atteints indique un calibrage correct : assez ambitieux pour faire progresser, assez réaliste pour aboutir. Un taux systématiquement supérieur à 90 % signale des objectifs trop confortables.
Conclusion
Un bilan de fin de saison n'a rien d'un exercice comptable : c'est le seul moment de l'année où l'on transforme des kilomètres en méthode. Cinq chiffres, quatre questions, trois décisions écrites, et la saison suivante commence avec un avantage que le seul entraînement ne donne jamais.